Et surtout, avec une moue de dégoût. Je la regarde et comme je chipotais mes céréales (c'est là qu'est leur rôle principal dans l'histoire), je me vois obligée de répondre directement et sors alors de ma bouche une phrase que je regretterais toujours : « Oui, mais on dit pas gouine, on dit gay ».
Bref, elle se fige. Pendant cinq bonnes minutes, ou alors seulement quelques secondes, elle ne dit rien et je me rends compte de mon erreur. De mon horreur. Son visage se déforme et elle hurle des compliments dans le genre « Mais qu'est-ce que j'ai mis au monde » ou encore « Un monstre... ». Et je passe les vulgaires, qui, encore aujourd'hui, me restent en travers de la gorge. Et tout s'accélère, elle hurle, je pleure, je tente de me réfugier quelque part, mais elle me suit partout. J'ai l'impression que si je la laisse me toucher, c'est mort. Elle me bloque dans la salle de bain et comme dans un mauvais film, elle me bloque contre la baignoire et je sens la première baffe, puis la deuxième, je me laisse glisser à terre et elle continue, on dirait qu'elle ne veut pas s'arrêter, puis je sens son pied dans mes côtes, j'ai peur et je pleure, mon frère arrive. Aujourd'hui, on est censé fêter notre anniversaire à deux en avance, avec de la famille remontée du Sud pour l'occasion. Ma mère stoppe. Je pars et rejoins une amie. Et je pleure, sans pouvoir m'arrêter. Je n'ai pas pleuré jusqu'à arriver face à elle, tout le long du chemin j'étais comme perdue.
Et maintenant, on peut dire que ça va mieux, mais il m'en a fallu du temps pour ça, tellement de temps. J'ai manqué de m'ôter la vie à plusieurs reprises, puis j'ai compris que ça ne servirait à rien. Alors, j'ai avancé et je me suis rétamée à plusieurs reprises. Je le disais encore il y a pas longtemps et je le redis : pour rien au monde je ne voudrais revivre cette année. Encore aujourd'hui, j'ai peur de ma génitrice, même si je ne laisse comme image de ma famille qu'un havre de paix et d'amour. Mon géniteur, je le renie pour sa lâcheté et pour la seule phrase qu'il réussissait à me dire dans les moments les plus durs : « Continue comme cela et tu finiras par tuer ta mère ».
Aujourd'hui encore, j'ai du mal à m'accepter et à les comprendre. Je bosse à fond mes cours pour réussir à quitter le domicile familial et enfin pouvoir la serrer dans mes bras, celle que j'aime, mon ange... Même si sans cesse je me rappelle les jours passés à pleurer et me lamenter sur mon sort, à me dire que tout serait mieux que ça et qu'une fois dans ma vie, j'aurais dû mentir et dire simplement : « Non maman, pourquoi ? ». Ou alors changer de céréales et ne pas répondre tout court... Et ne plus entendre sans cesse, chaque fois que la nuit vient à pointer, comme un souvenir qui peine à s'effacer : « Alors, t'es toujours pute ? » et chercher le rapport. Au moins, aujourd'hui, je ne me prends plus pour un monstre... Aujourd'hui je mens chaque jour que Dieu me donne, ne serais-ce que quand ma mère me demande : « Alors Fanny, t'as trouvé un garçon ? Tu veux te marier plus tard ? Avoir des enfants ? ». Et ce jusqu'à ce que je lui réponde : « Bien sûr maman ! ». Sans savoir si elle a oublié, ou si seulement elle veut oublier et imagine que de ce fait je 'redevienne' sa fille chérie, sans savoir que je n'ai en fait jamais changé... Je vou-drais lui dire : « Je te hais maman, depuis le jour où tu m'as dis que je suis devenue une étrangère pour toi, ce même jour où, pour la première fois, j'ai su ce qu'était la douleur physique et mentale. »